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Le biais méthodologique de l’étude sur la toxicité des « gels douche » du magazine « 60 millions de consommateurs » qui rend leur conclusion erronée

Méconnaissance du sujet ou article putaclic ?

Le biais méthodologique de l’étude sur la toxicité des « gels douche » du magazine « 60 millions de consommateurs » qui rend leur conclusion erronée

Le magazine est disponible ici : https://www.60millions-mag.com/kiosque/cosmetiques-dehors-les-toxiques

Nous nous devions de réagir à l’étude récente de 60 millions de consommateurs, sortie en Septembre 2020, avec pour ambition d’identifier les produits cosmétiques « les plus sûrs pour la santé et l’environnement ».
L’article détaille la méthodologie utilisée pour évaluer les produits sélectionnés, se distinguant au passage des applications d’évaluation (Yuka, QuelCosmetic…), grâce à une analyse « globale » des risques, en fonction des proportions de chaque ingrédient, mais, précaution importante : « sans prendre en compte l’efficacité du produit ».

Un Cosméto’score est ainsi attribué aux produits du panel allant de A « sans réserve d’utilisation » à E « fortement déconseillé, produit contenant trop de substances problématiques ».

Nous avons donc essayé de comprendre les conclusions et conseils donnés aux consommateurs. Comment ne pas être sensible à un titre aussi évocateur que « Dehors les toxiques », sachant qu’il existe une attente forte de transparence quant aux compositions des produits cosmétiques.

Seulement voilà, les incohérences et les biais de l’étude ont refroidi notre enthousiasme. De manière non exhaustive voici les remarques et questions que nous pourrions poser aux auteurs de l’article :

Appréciation pour la santé

L’étude interpelle sur les conséquences de l’utilisation du principal tensioactif utilisé dans les produits sélectionnés : le Sodium Laureth Sulfate. Ce produit considéré comme « irritant » (p.16), voire « très irritant » (p.19) par l’étude du magazine, est même inclus dans la liste des « ingrédients à repérer pour les éviter » (p.19)

Pour rappel, le Sodium Laureth Sulfate « est un tensioactif anionique fort utilisé comme détergent et agent moussant dans les produits cosmétique. Ce composé est un dérivé du Sodium Lauryl Sulfate. Il est synthétisé à partir d’une réaction d’éthoxylation du SLS. Cette réaction d’éthoxylation à pour impact de diminuer les propriétés abrasifs du SLES par rapport au SLS et d’augmenter son pouvoir moussant. C’est grâce à ces propriétés qu’il entre dans la composition de nombreux shampoings. Lorsque le SLS est éthoxylé, il forme le Sodium Laureth Sulfate mais le problème est que tout comme les PEGs, le 1,4-dioxane composé extrêmement nocive et classé cancérigènes de classe 2B peut-être synthétisé lors de ce processus d’éthoxylation » (source : http://www.scc-quebec.org/wp-content/uploads/2017/08/Monographie-Sodium-Lauryl-Sulfate-Malaury-Larrouy-2015.pdf consulté le 22/09/2020).

De plus, l’oxyde d’éthylène utilisé dans le processus de fabrication est un génotoxique, il est classé cancérogène catégorie 1B, mutagène catégorie M1B selon la classification CLP22 de l’Union européenne et cancérogène catégorie 1 par le Centre International de Recherche sur le Cancer (c’est-à-dire parmi les agents cancérogènes pour l’homme, compte tenu de données suffisamment probantes sur sa cancérogénicité, monographie du CIRC, volume 97, 2008).

Constat similaire pour les conservateurs, l’étude affirmant « qu’aucun conservateur ne semble exempt de risque pour la santé »

Comment alors, noter A un produit utilisant du SLS, ainsi que des conservateurs dans sa composition, et donc conseiller son usage « sans réserve d’utilisation » ?

Appréciation pour l’environnement

Le SLS, à nouveau, est non seulement peu biodégradable (au sens de la biodégradabilité ultime, c’est-à-dire quand la molécule de tensioactif est transformée en CO2, CH4, en eau, en sels minéraux et en biomasse il ne l’est pas : voir notre article sur la biodégradabilité) et pas seulement « 60% en 28 jours » comme le veut la règlementation (pour nous, les 40% sont important !!!), mais son procédé de fabrication, la réaction chimique d’éthoxylation, se fait avec des températures et des pressions extrêmes (« un alcool est traitée avec de l’oxyde d’éthylène en présence d’un catalyseur qui est en général de l’hydroxyde de potassium, dans un réacteur pressurisé avec de l’azote et chauffé à environ 150°C », source : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89thoxylation consulté le 22/09/2020).

Plusieurs composés éthoxylés, nonylphénols notamment, utilisés par milliers de tonnes annuelles par l’industrie sont controversés en raison de la rapidité de leur diffusion dans l’environnement, milieu aquatique en particulier (toxicité aigüe), et de leur écotoxicité pour la vie aquatique et la durée de vie d’un de leur produit de dégradation, le nonylphénol.

Le produit obtenant le meilleur Cosméto’score utilise pourtant le SLS dans sa composition, comment le noter A, et donc « sans réserve d’utilisation » ?

Appréciation pour l’éthique

D’après la fiche de données de sécurité de certains produits sélectionnés (dont par principe nous ne mentionnerons pas les marques), des ingrédients (dont le SLS) ont été testés sur les animaux (test cutané et test oral). Il suffit de rechercher les compositions sur google et on les trouve sur les sites web des marques.

Label Bio ou « naturel »

La notion de « Bio », en cosmétique, dépend totalement des cahiers des charges utilisés par les labels. Parfois, nous ne sommes même pas d’accord avec leur définition de « ingrédient naturel ». Cette notion va donc grandement varier d’un label à une autre et il est difficile d’appréhender l’impact environnemental réel d’un produit cosmétique en fonction du logo apposé sur son étiquette.

Ne pas être labélisé Bio signifie que les ingrédients (même ceux pouvant malgré tout être Bio) ne présentent aucune garantie d’absence de pesticide. On peut donc se questionner sur l’appréciation A données à plusieurs produits non bio concernant leur impact environnemental et également sur la santé.

Détermination du Panel

Le constat est sans appel, il n’y a aucun véritable savon (Qu’est-ce que le VRAI savon) dans le panel de cette étude. L’horizon indépassable du « consommateur » semble donc celui des tensio-actifs de synthèse, des conservateurs, des perturbateurs endocriniens, des cancérigènes, des allergènes, des irritants… Il structure inconsciemment notre perception – en tant que lecteur de l’étude – des choix des cosmétiques. L’étude définit un standard lorsqu’elle place uniquement le curseur entre les produits proposé au grand public sans même envisager d’autres possibilités.

Quelle serait la notation d’un vrai savon composé uniquement d’huiles saponifiée sans colorant, additif, ou tensio-actif de synthèse par exemple (https://www.quechoisir.org/comparatif-ingredients-indesirables-n941/mes-premiers-gestes-bio-bebe-enfant-savon-mousson-pi1005131/). Ici, notre produit est noté triple A, soit la même note qu’un savon (ou plutôt un détergent) ayant une composition ayant un impact négatif sur la santé et l’environnement. Ce n’est pas lisible.

La définition du panel est un choix essentiel qui va conditionner le niveau d’évaluation des produits et leur impact sur la santé et l’environnement. Les produits contenants tous des toxiques, l’étude va donc simplement quantifier le nombre de substances problématiques et classer les produits de A (contenant un nombre faible de « substances problématiques ») à E (contenant « trop de substances problématiques »).

Conclusion

En intitulant cette étude « dehors les toxiques ! », 60 millions de consommateurs a pour ambition de nous faire chasser les produits les moins sûrs de nos salles de bain, ambition qui contraste avec les résultats de l’étude puisqu’au final tous les produits cités dans l’étude contiennent des substances toxiques, plus ou moins « problématiques ».

Les auteurs donnent l’impression d’effectuer un « calcul de risque global », mais sur un panel tellement limité que l’étude en vient à évaluer positivement un produit objectivement néfaste à la santé et à l’environnement. On en vient donc à considérer comme normal qu’un produit cosmétique utilise un ingrédient toxique dans sa composition.

Ce genre d’étude consiste au final à conforter le lecteur dans ses habitudes sans véritablement pouvoir provoquer de prise de conscience, au lieu de donner de véritables clés de compréhension, pour se situer dans un environnement que le marketing fait apparaitre comme complexe. Il aurait été plus complet de proposer d’autres solutions alternatives (du vrai savon, sans colorant et sans conservateur par exemple), et d’élargir le rayon des possibles vers un panel plus large, plutôt que de nous orienter dans des choix limités et caricaturaux.

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